Les forces des Français, leur talon d’Achille et leur sauce secrète pour y remédier (S’ils y croient)

 

Sommaire

  • Le pourquoi

  • Nos forces

  • Notre talon d’Achille

  • Notre sauce secrète

  • Encouragements

 

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A 30 ans, j’avais plus de 10 ans d’expérience de l’expatriation sur trois continents, débutais un métier de formateur en entreprise sur les compétences de vente et négociation et me disais qu’avec le développement des activités internationales, il était important d’aider les hommes et les Femmes dans les entreprises à être à l’aise avec des interlocuteurs appartenant à d’autres cultures et nationalités.

Je me suis donc mis à travailler le sujet et à lire beaucoup pour arriver au bout d’environ trois ans à me dire que je repérais moins d’idées nouvelles mais que je découvrais de nouvelles illustrations d’idées que j’avais déjà vues.

Travaillant dans la formation, j’ai commencé à construire et structurer un programme visant à sensibiliser toute personne œuvrant en entreprise sur l’enjeu de l’interculturel. Lors des premières sessions « pilote », je me suis vite rendu compte qu’il y avait un sujet très sérieux à traiter dès le début de la session, l’ethnocentrisme, pour que les participants aient envie d’investir leur temps et leurs efforts et ainsi se développent sur ce sujet.

Un mot inventé par Sumner au début du XXème siècle qui signifie que l’on considère ses propres modèles de pensée et de vivre comme les modèles de référence et que tous les autres individus devraient nous ressembler.

C’est probablement l’une des idées les plus partagées au monde et certainement la plus dangereuse. L’histoire et l’actualité nous l’illustrent au quotidien.

J’ai essayé de trouver le moyen de traiter ce sujet dans ce programme de formation pendant plusieurs années sans beaucoup de succès jusqu’au jour où je suis tombé sur un bouquin « De quoi sont fait les Américains ». Les Américains Hammond et Morrison décrivaient les forces des Américains : l’impatience vis à vis du temps ; la poursuite de rêves impossibles ; la focalisation sur ce qui est nouveau ; le besoin d’improviser ; la volonté d’avoir des choix ;  avoir plus et plus grand ; l’acceptation des erreurs.  Il est intéressant de noter que lorsque l’on présente ces forces à des Américains, ils se reconnaissent très facilement, sont d’accords pour dire que ces points sont très importants pour eux et que les prendre en compte est une bonne manière de travailler avec eux.

Lorsque l’on n’est pas Américain, on peut avoir un point de vue par rapport à ces forces mais cela représente simplement un point de vue puisque Lévi-Strauss nous rappelle qu’il est impossible qu’une personne d’une culture puisse porter un vrai jugement sur une personne d’une autre culture car son prisme est prisonnier d’un relativisme absolu…  

Je me suis donc dit qu’il serait intéressant de disposer de la description des forces des Français. Malheureusement, ces auteurs n’expliquaient pas comment ils étaient arrivés à leurs conclusions à propos des Américains.  

J’ai donc travaillé à construire un modèle pour révéler les forces des cultures puis à créer une activité pédagogique qui amène les participants à travailler à la fois les forces de leur propre culture et mais aussi celles des autres et afin d’aider à prévenir le problème de l’ethnocentrisme.  

En effet, si des personnes de cultures différentes travaillent selon une même méthodologie sur les forces de leurs cultures respectives et arrivent à des résultats différents sur leurs forces et soulignent que ce qu’ils ont produit est important à prendre en compte par d’autres dans un échange interculturel, il y a toutes les chances que cela aide chacun à développer une posture qui s’éloigne du « ma culture est le seul modèle et toi, sois comme moi ».

J’ai appliqué ces modèles aux 75 premiers partenaires économiques de la France et les ai confrontés à la rigueur scientifique à travers une thèse doctorale à Grenoble Ecole de Management.


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Cela fait 20 ans que j’interviewe des centaines de Français sur ce qui fait leur force, sur les points qu’ils partagent tous et qui animent leurs comportements.  Même si l’on peut jouer sur les mots, on observe un consensus général d’acceptation devant ces forces.  Il est intéressant d’orienter la réflexion sur les forces d’une culture plutôt que sur ses valeurs parce que l’on cherche les points communs que l’on partage tous plutôt que des points de vue ethnocentriques variés qui se terminent souvent par des « oui mais moi, je défends des vraies valeurs !!! » sans jamais être capable de les décrire de manière explicite.

Qu’est ce qui fait la force des Français ?

  • Adopter le doute comme méthode.  C’est la première idée qui surgit. Là, on invoque Pascal, Descartes, l’esprit critique, faire ses preuves, gagner la confiance, gagner le droit, la légitimité, le scepticisme… Le doute comme méthode est répandu partout en France, cela transpire dans tout ce que nous faisons et, disons-le, c’est souvent compris par les ressortissants d’autres cultures comme de l’arrogance. En France, si l’on souhaite que d’autres s’engagent sur vos idées, il semble clé de soulever le doute et une bonne façon de le faire est de commencer par le « pourquoi ».
  • Intégrer la notion de la règle et de la loi.  Depuis tout petit et je ne crois pas être le seul, j’entends : « une loi est faite pour être contournée ». Il y a la loi et il y a la pratique et les Français trouvent un chemin légal dans lequel ils s’arrangent.
  • Concilier le processus et l’objectif. Vous avez entendu parler de la beauté du geste !!! Nous sommes tous d’accords sur l’importance d’atteindre l’objectif maintenant, c’est la manière qui compte et une forme de panache !!!
  • Développer le sens de l’appartenance. Le Français connaît son rang, le défend, le valorise et se comporte en cohérence et reste très critique envers la dissonance. Cela a été très bien développé par D’Iribarne dans son livre la «logique de l’honneur».
  • Poursuivre L’hédonisme. Là, nous parlons de l’attachement farouche à tous les plaisirs de la vie et le plaisir de tous les sens.
  • Servir les droits de l’homme. C’est une dynamique qui anime tous les français : avoir apporté au monde les droits de l’homme. C’est, pour les Français, un appel absolu à la liberté, à l’expression d’un refus viscéral de toute forme de domination et à la nécessité de poursuivre cet héritage et de se comporter en cohérence.

En résumé, voici ce qui anime un français : quelqu’un qui doute de ce qu’il entend et cherche à comprendre l’intention et le pourquoi du message. Il cherche dans son action à bien faire ce qu’il doit faire sans se donner ni donner à l’autre le droit à l’erreur. Il s’attache à se comporter en cohérence avec son rang tout en étant à l’aise avec l’idée de transgresser le système ce qui lui donne l’impression de servir sa liberté et, en chemin, il ne manque jamais une bonne occasion de prendre du plaisir.

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Ces forces sont l’un des cotés d’une pièce qui porte en elle une dimension plus délicate.  

Je crois que le doute comme méthode associée à la recherche de la perfection fait que nous n’allons pas en Irak en 2003 mais fait aussi que nous sommes vitrifiés dans des combats et des conflits idéologiques qui minent l’intelligence, la créativité et l’accomplissement collectif. L’idée de l’intérêt personnel éclairé qui consiste à servir ses besoins tout en veillant à ce que les autres puissent faire de même et en s’assurant que la collectivité en bénéficie n’a pas pris forme en France contrairement aux pays nordiques, par exemple.

Le conflit chez nous est perçu comme l’outil pour gagner des droits alors que c’est, en réalité, l’outil d’une relation mutuellement négative qui laisse toujours une envie de revanche.

Je crois que le jour où les Français capitaliseront leurs forces et se verront tous comme acteurs d’une même dynamique dans laquelle ils recherchent leur intérêt et l’intérêt de tous, le monde n’aura pas fini de s’étonner.

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Je crois que notre force « concilier processus et objectif » est une clé essentielle de notre futur. En effet, quand nous arrivons à nous mettre d’accord, que nous partageons ce que nous voulons atteindre ensemble et la façon de le faire, et qu’au delà de nos propres intérêts, nous nous assurons que tout le monde y gagne et s’y retrouve, il n’y a pas de limites à nos réalisations. Le « Made in France » en est une belle illustration puisqu’il bénéficie d’une réputation extraordinaire à l’international car il est un gage de qualité. Il est intéressant de noter que l’on voit apparaître depuis plusieurs mois beaucoup de publications Anglo-Saxonnes sur l’importance de se concentrer sur le processus et l’objectif…

Encouragements

Que pouvons-nous faire ?

  • Continuer à garder notre esprit critique

  • Prendre l’initiative de l’action car c’est dans l’action que se cachent les opportunités

  • Etre réaliste et challengeant dans nos attentes

  • Se concentrer sur le processus de faire ensemble

  • Penser l’intérêt général au-delà de notre intérêt particulier

  • Se rappeler que l’on ne construit rien de mutuellement bénéfique dans le conflit

 

Frank Rouault, DBA

Septembre 2016

Bibliographie

  • D’iribarne, P (1993). La logique de l’honneur. Collection Essais. Paris. France.

  • Hammond,J. Morisson, J. (1996) The stuff Americans are made of Mac Millan.

  • Lévi-Strauss, C. (1952). Race et histoire [Race and history] (p. 51). Unesco Collection Folio essai: 1987. Paris, France: Editions Flammarion.

  • Sumner, W. G. (1906). Folkways. New York, NY: Ginn.


 

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